Les mots pour se dire
La clinique - Limoges
Chaque mois une réflexion autour de la clinique psychanalytique à Limoges.
L'estime de soi réapprendre à se regarder autrement
Pourquoi avons-nous parfois une image si négative de nous-mêmes ?
Pourquoi avons-nous le sentiment de n'être jamais assez beau ou assez belle, jamais assez intelligent ou assez intelligente, jamais assez intéressant ou intéressante, jamais suffisamment à la hauteur ? Pourquoi avons-nous parfois l'impression de ne pas être dignes d'être aimés ?
Ces interrogations sont au cœur de nombreuses souffrances. Elles ne relèvent ni de la faiblesse ni d'un manque de volonté. Elles s'enracinent dans une histoire singulière qui commence dès les premiers instants de la vie.
Notre image de nous-mêmes ne se construit pas au hasard. Elle prend forme au fil des premières expériences relationnelles, des regards, des paroles, des gestes et des liens avec la personne qui assure les premiers soins de l'enfant. Mais elle ne dépend pas uniquement de la qualité de cet environnement.
En psychanalyse, l'estime de soi s'élabore à partir de plusieurs dimensions : le narcissisme, l'image inconsciente du corps, les identifications précoces et la façon dont l'enfant se reconnaît progressivement dans son image.
Les identifications primaires, qui se construisent au contact des premières figures qui prennent soin de l'enfant, participent à l'édification du moi. Plus tard, les identifications secondaires conduisent le sujet à s'identifier à d'autres personnes qu'il admire ou auxquelles il souhaiterait ressembler. Elles participent à la construction de l'idéal du moi, c'est-à-dire de cette représentation intérieure vers laquelle chacun tend inconsciemment.
Entre l'image que nous avons de nous-mêmes, l'image idéale que nous cherchons parfois à atteindre, l'image que nous croyons percevoir dans le regard des autres et notre vécu intime, un décalage peut s'installer. Lorsque cet écart devient trop important, il peut fragiliser l'estime de soi et nourrir le sentiment de ne jamais être assez bien, assez beau, assez intelligent ou suffisamment à la hauteur.
Ainsi, une faible estime de soi ne trouve pas nécessairement son origine dans des expériences de maltraitance ou dans un manque d'amour. Elle résulte le plus souvent d'une construction psychique complexe, où se mêlent l'histoire personnelle, les identifications inconscientes, les expériences relationnelles et la manière dont chacun s'est approprié son image.
La psychanalyse permet d'explorer cette construction. Elle aide à comprendre comment cette image de soi s'est élaborée, pourquoi elle persiste et comment elle peut évoluer.
Le rôle du psychanalyste est d'accompagner le sujet dans un travail de resubjectivation. Au fil de la cure, les représentations négatives de soi peuvent être mises en mots, comprises et progressivement transformées. Grâce au travail du transfert et à la qualité de la relation analytique, le sujet peut découvrir un autre regard sur lui-même, un regard moins marqué par la dévalorisation et davantage en accord avec sa réalité psychique.
Même lorsqu'une personne a grandi dans un environnement où elle s'est sentie peu reconnue ou peu valorisée, son histoire ne se réduit jamais à cette seule expérience. Il existe souvent, quelque part dans son parcours, un regard, une présence, une parole ou un geste qui lui ont permis de se sentir reconnue. Parfois très discret, ce point d'appui contribue à soutenir le sujet et à éviter son effondrement psychique. Le travail analytique permet de retrouver ces expériences, de leur redonner une place et de s'appuyer sur elles pour reconstruire progressivement une estime de soi plus solide et plus apaisée.
En mettant des mots sur son histoire, le sujet transforme peu à peu le regard qu'il porte sur lui-même. Accepter son image, ce n'est pas devenir parfait. C'est reconnaître sa valeur, accueillir son histoire et apprendre à se regarder avec davantage de bienveillance.
La psychanalyse ne change pas le passé. En revanche, elle permet de transformer le sens que nous lui donnons afin qu'il ne détermine plus entièrement notre manière d'être au monde.
Choix bibliographique
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Sigmund Freud – Pour introduire le narcissisme
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Juan-David Nasio – Mon corps et ses images
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Françoise Dolto – L'image inconsciente du corps
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Donald W. Winnicott – La mère suffisamment bonne
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Mélanie Klein – Envie et gratitude