L’angoisse comme seconde peau !
L’angoisse peut s’exprimer de multiples manières. Elle peut surgir comme une peur intense que vous ne comprenez pas. Une peur qui vous habite, au sentiment d’étrangeté face à l'inconnu et au non-familier qui fut autrefois connu, le retour de ce qui à été refoulé, un sentiment de malaise diffus. Une peur que vous ne maîtrisez pas et qui devient comme une seconde peau.
La gorge se noue, la cage thoracique est oppressée, la respiration devient plus intense et saccadée provoquant des vertiges et des étourdissements.
La peur est là. Elle entre en vous et vous envahit complètement. C’est comme si elle s’était installée à l’intérieur de vous. Elle vous lénifie, vous anesthésie, vous empêche d’agir, de parler, d’avancer, d’oser.
C’est une sensation oppressante, parfois même une sensation d’horreur. Elle nous place dans un état de grande vulnérabilité. On se sent fragile, dépossédé de soi-même.
Pourtant, l’angoisse fait partie de la vie de tout sujet.
Il n'y a pas de vie sans angoisse...
Deux formes d’angoisse
Il existe deux grandes formes d’angoisse, qui peuvent elles-mêmes prendre plusieurs formes d'expressions.
L’angoisse pathogène est celle qui anesthésie, paralyse et empêche d’être.
L’angoisse salvatrice est celle qui nous protège du danger. Elle nous alerte et nous permet de nous préserver face à un danger.
L’ angoisse c’est comme un hôte qui s’invite sans être conviée. On ne peut pas expliquer cette peur. Elle est là elle surgit et s’impose à nous sans que l’on puisse immédiatement en comprendre l’origine.
L’angoisse pathogène peut prendre des formes multiples : l’angoisse de se rendre à un entretien, l’angoisse dans le travail, l’angoisse de se rendre sur un lieu, l’angoisse du voyage, l’angoisse de s’exprimer, de se dire ou d’oser être, l’angoisse anxieuse (pensée) et l’angoisse de l’exil etc...
Cas clinique d’une double angoisse anxieuse chez un fillette de dix ans
Cette enfant vivait en permanence dans l’angoisse d’être frappée par sa mère. Il y avait aussi cette peur suscitée par la violence imprévisible de son père et cette attente anxieuse lorsqu’elle sentait qu’il était malheureux.
Elle ne savait jamais ce qui pouvait arriver. Cette angoisse pouvait durer des jours, dans une attente permanente de ce qui risquait de se produire.
Sa mère était psychiquement malade. Elle pouvait être, par moments, très bien, puis, à d’autres moments, aller très mal. Lorsque la petite fille percevait ce changement, elle sentait que sa mère pouvait devenir dangereuse pour elle-même et pour ses enfants.
L’enfant vivait ainsi dans un état d’alerte permanent. Elle devait tenter de pressentir les changements d’humeur des adultes et d’anticiper un danger dont elle ignorait la forme et le moment.
Une angoisse transmise
Devenue adulte, cette petite fille resta lontemps aux prise avec différentes formes d'angoisse, qui surgissaient le matin, au moment de se lever pour se rendre à son travail ou accomplir des taches ordinaires du quotidien.
Grâce à son travail analytique, elle comprit qu’une part de cette angoisse lui avait été transmise de manière transgénérationnelle par ses parents.
Ses parents avaient eux-mêmes été traumatisés par l’exil. Ils avaient quitté leur pays, pour arriver en France, un pays qui leur était inconnu. Ils étaient terrorisés et angoissés face à cette rupture, à cet arrachement et à la nouvelle vie qu’ils devaient construire.
Cette angoisse les avait accompagnés pendant très longtemps, peut-être toute leur vie. Sans qu’ils en aient nécessairement conscience, une partie de celle-ci avait traversé les générations pour parvenir jusqu’à leur enfant.
L’angoisse traverse tout sujet
Personne n’échappe entièrement à l’angoisse.
Le sujet normal, le sujet névrosé, le médecin qui doit prendre en charge ses patients, le commerçant, le chef d’entreprise, le professeur qui doit enseigner, l’élève qui doit se rendre à l’école : chacun peut être confronté à l’angoisse.
Le but d’un travail analytique est justement d’analyser ce qui se manifeste derrière elle.
Faire une analyse, c’est aussi pouvoir restituer ce qui nous a été transmis et qui ne nous appartient pas. Ce qui, à force d’être porté, peut devenir un fardeau.
Mettre des mots sur l’angoisse
S. Freud nous a laissé, avec Inhibition, symptôme et angoisse, un chef-d’œuvre remarquable. Jacques Lacan consacrera son Séminaire X, L’Angoisse, à cette question fondamentale de la psychanalyse.
Je ne peux évoquer cette question sans penser au Dr Juan david Nasio et à son livre L’Hystérie ou l’enfant magnifique de la psychanalyse, un ouvrage que je considère comme un chef-d’œuvre et qui est l’un de mes livres de chevet.
Ces petites chroniques cliniques ont aussi pour vocation de mettre des mots sur ce que chacun peut éprouver sans toujours en comprendre l’origine.
Un travail analytique permet d’analyser l’angoisse, de mettre des mots sur elle et d’en rechercher l’origine. Il peut se faire à travers une analyse personnelle et individuelle, mais aussi dans le cadre d’un groupe de parole.
Je propose ces deux espaces de travail dans mon cabinet.
Choix bibliographique
Juan-David Nasio, L’Hystérie ou l’enfant magnifique de la psychanalyse
Sigmund Freud, Inhibition, symptôme et angoisse
Jacques Lacan, Le Séminaire, livre X : L’Angoisse
León Grinberg, Culpabilité et dépression.